L’âge de la médiocrité
Il y a quelques jours, Richard Martineau publiait une chronique intitulée « l’âge des extrêmes ». Avec son talent habituel pour dissocier la grammaire de l’intelligence, il s’inquiète de voir l’extrémiste, le délinquant et la transgression prendre de la place dans l’imaginaire, et, évidemment, car il n’est pas très intelligent, il démontre qu’il est incapable de comprendre le pourquoi de cet attrait.
Nous vivons dans un monde ou l’âge adulte est interdit d’accès. Il n’est plus possible, depuis bien trop longtemps d’être responsable de nous même. L’après guerre et l’après dépression ont vu la montée des mouvements social démocrates et leur objectif tout à fait louable de prévenir l’abandon des plus faibles à un sort cruel. Malheureusement, ceci s’est fait au prix de traiter tout le monde comme les plus faibles à protéger. Nous sommes maintenant contraints de déléguer à des « experts » des décisions qui relèvent du sens commun, et nous devons dissimuler notre talent et nos ambitions afin de ne pas froisser ceux qui n’ont pas les mêmes capacités. Nous normalisons, et plutôt que de travailler plus fort pour faire monter le bas et le milieu, on fait baisser le centre et on plafonne le haut.
Puis, nous avons crée une culture du standard et de l’homogénéité. Il fallait être ISO, mais maintenant, ISO, c’est pas assez platte, il faut être 6-Sigma, il faut obséder sur le fini de surface du boulon poche et documenter la cause de toutes les différences. Le résultat n’est pas pertinent, le boulon peut être merdique, tant qu’il est merdique de la même façon que tous les autres boulons, 999 999 fois sur un million. Ce qui compte, c’est le processus, que tout le monde ait une tâche spécifique, dont tous les aspects sont documentés, et que seule la personne assignée à cette tâche soit autorisée à l’accomplir.
Puis, nous avons développé une obsession pour la sécurité, les coins doivent être ronds, et mous, la surface antidérapante, porte ton casque, tes genouillères, assure toi que tout soit aux code, aux normes. On n’avait plus le droit d’être un adulte, de prendre nos propres décisions, maintenant, c’est la naissance qui nous est interdite, sitôt sortis de l’utérus biologique, nous devons immédiatement être insérés dans un utérus social qui nous protège de la vie. C’est sûr, statistiquement, l’évènement qui râpe le genou de 100 000 enfants va probablement en tuer un. C’est horrible pour lui et sa famille, mais bien moins horrible que ce que nous faisons aux 100 000 autre pour lui sauver la vie, ce que nous nous faisons tous. L’éducation, la vraie, c’est la qualité et la quantité des traumatismes dans notre vie. Il n’y a plus d’éducation. C’est pas grave, nous n’en avons pas besoin. Consommer-travailler, c’est tout ce que nous sommes autorisés à faire, et l’éducation est remplacée par le conditionnement au travail, et le conditionnement à la consommation.
Les zombies, c’est nous
Et tout d’un coup, on voit des choses « extrêmes », des gens qui cherchent à se faire vivre des expériences au-delà de ce qui est autorisé, des gens qui essaient à la maison ce que les experts leurs ont dit de ne pas essayer. Des fois, c’est descendre la pente de la tour du stade en skateboard, des fois, c’est manger la face d’un autre itinérant. Des fois, c’est même raisonnable et sensé. On ne sait plus faire la différence, parce qu’on a perdu la carte du monde à l’extérieur de l’utérus géant ou on vit.
Mais je les salue, je vous salue tous, explorateurs de ce vrai monde qui nous appartient de droit
Et je vous remercie, pour vos découvertes dans lesquelles on pourra vous suivre, comme pour vos erreurs qu’on aura pas besoin de refaire.